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La lettre CODINF de Janvier 2026
16 min.
Coup de froid de la météo en ce début d’année 2026 après la sécheresse économique de 2025.
L’année 2025 aura été difficile en France comme ailleurs (Allemagne, Belgique, Suisse).
L’année 2026 ne sera pas exempte d’efforts ni de défis : pour les GE et ETI (facturation électronique); pour certains secteurs comme la santé par exemple, possiblement touchée en ricochet des droits de douane américains ; pour tout dirigeant qui doit éviter la faute de gestion fatale pour son patrimoine.
Pourtant 2026 offre et pourrait encore ajouter quelques (bonnes) surprises : sur le plan juridique (commande publique); dans l’accès au crédit (nouvelle Médiatrice récemment nommée); et peut-être même, dans la lutte contre les retards de paiement.
Alors en ce mois de janvier qui célèbre l’Epiphanie au travers de la galette des Rois, espérons que cette nouvelle année mérite ce nom, d’origine grec, qui signifie : révélation d’une réalité divine.
Avec toute l’équipe de CODINF, nous vous souhaitons une excellente Année, la meilleure santé (tant physique qu’économique) et tous les succès possibles (personnels comme professionnels) !
Alain Wolgensinger
Credit Manager Conseil, CODINF
Comme en octobre les statistiques de défaillances d’entreprises pour novembre sont dans la moyenne (cf. graphe ci-dessous). Retour progressif à la normale comme nous l’espérions.
Surtout, ce que la graphe indique, c’est que 2025 ne devrait finalement pas atteindre le seuil des 70 000. A jour, nous en sommes à 62540. Or décembre est généralement plus calme. Triste record certes, mais pas la glaciation annoncée. Et peut-être un signe de cette résilience économique du pays que l’on constate par la croissance, faible mais restée positive, répartie sur un très grand nombre de TPE et micro-entreprises.

C’est à voir… Record de faillites en Belgique, forte hausse en Suisse et crainte d’escalade en Allemagne sous l’effet des poussées protectionnistes : la France n’est pas un cas isolé. Comme le montrent les données Eurostat, la remontée des défaillances est générale en Europe, tirée par des secteurs très fragilisés comme l'hébergement-restauration ou la construction. Face à cette montée globale du risque d'impayé, les Credit Managers ont fort à faire pour sécuriser le poste client, quel que soit le pays.


Moins de 250 jours jusqu’à l’instauration de la facturation électronique pour les entreprises domiciliées en France et assujetties à la TVA. La réforme impose une double obligation :
- e-invoicing (ventes B2B en France) : émettre (au 1er septembre 2026 pour les ETI/GE, 2027 pour les TPE/PME) et recevoir (dès le 1er septembre 2026 pour tous) des factures électroniques.
- e-reporting (ventes B2C et international) : transmettre les données de transaction et d’encaissement à l'administration selon le même calendrier.
Sans doute croulez-vous sous les offres de prestataires, comme nous.
Depuis fin 2025, Hassiba Kaabeche est la nouvelle Médiatrice du crédit, en succession de Frédéric Visnovsky.
Agissant en association/complément du Médiateur des entreprises (Pierre Pelouzet), qui rééquilibre la relation commerciale fournisseur-client, elle rétablit le dialogue avec les banques et les assureurs-crédit. Autrement dit, elle accompagne l’obtention de crédits.
Pour rappel, la saisine de la Médiation du crédit est gratuite et confidentielle, tout comme la Médiation des entreprises.

Un peu passé sous les radars, un Sénateur a déposé une proposition de loi en octobre dernier et le Ministre des PME, Serge Papin, a annoncé en décembre une proposition de loi visant à déplafonner les sanctions, jugées peu dissuasives (voir la liste des amendes DGCCRF en fin de lettre) contre les entreprises ne respectant pas les délais de paiement : en clair l’amende serait un pourcentage de leur CA.
Rien de fait pour l’instant et sans doute de nombreuses polémiques à venir mais chez CODINF, nous nous réjouirions si enfin l’Etat entendait que le diable est moins le délai que le retard, potentiellement dévastateur en raison de l’effet de (mauvaise) surprise.
On s’amusera que l’initiative vienne d’un Ministre venant de la grande distribution, rarement exemplaire. Après tout, l’ancien bagnard Vidocq était bien devenu un chef de la police efficace.

Une bonne nouvelle : l’entrée en vigueur du décret n° 2025-1383 publié au Journal Officiel fin décembre change la donne.
L’objectif du législateur est clairement de faciliter l’accès des entreprises à la commande publique, en assouplissant certaines exigences financières et procédurales : taille des lots plus abordables aux PME, possibilité légale pour le candidat classé n°2 de remplacer un titulaire défaillant, calculs d’avances clarifiés.
Dans les DOM également : application du shame on name en affichant les comportements de paiement des principales collectivités locales (lien ci-dessous pour la Réunion) sur les années passées.
Voilà de bonnes résolutions !

Dans son dernier baromètre sur la situation des entreprises françaises, le Cabinet ARC et l’IFOP notaient une certaine morosité chez les dirigeants (pessimisme marqué par l’instabilité politique, la pression fiscale, etc.).
Intéressante est l’analyse psychologique qu’en fait Denis Le Bossé, président du cabinet Arc, basée sur le rapport de force : faute de visibilité sur leurs carnets de commandes, les fournisseurs sont moins sélectifs et acceptent tout client, même moins fiable. Puis, de peur de perdre le client, ils n’osent pas réclamer leur dû (voir Coin Conseil - Pouvoir de négociation Clients, en fin de lettre).
Toute la stratégie du Credit Manager n’est rien sans son exécution : la peur du créancier fait le lit du mauvais payeur.

La licorne française qui voulait nourrir le monde avec ses élevages d’insectes et farines s'est écrasée sur le pare-brise de la rentabilité, liquidée en décembre dernier. Licorne car sur ses 14 ans d’existence cette start-up innovante (et redoutablement communicante) au logo en forme de baguette de sourcier avait su collecter plus de 600 M€ auprès de sources de financement publiques et surtout privées (parmi les investisseurs, l’acteur américain d’Iron Man).
Mais apparemment ni le CA ni la rentabilité n’ont suivi suffisamment vite. Et la concurrence s’est aiguisée avec l’apparition d’un compétiteur français, Innovafeed (voir Coin Conseil - Nouveaux Entrants, en fin de lettre). Sans oublier la concurrence des farines protéinées végétales comme le soja (voir Coin Conseil - Produits de substitution).
Rester rationnel et raisonnablement prudent sur un tel dossier lorsque les médias (optimistes) et chiffres (vertigineux ou inquiétants, selon) se heurtent, c’est tout le le défi pour un Credit Manager.
Va-t-on constater de semblables explosions en vol pour les entreprises de l’YA pardon de l’IA, massivement soutenues dans ce qui semble bien être une bulle spéculative ?

Plusieurs grands groupes pharmaceutiques mondiaux sont affectés, mis sous pression par l’Administration US : exemption de droits de douanes sur une durée de 3 ans en échange d’une forte baisse des prix de vente (jusqu'à -60% pour certains) de médicaments sur ordonnance dans ce pays.
Du coup, faut-il craindre une hausse du coût de ces médicaments dans le reste du monde et notamment en Europe ? Possible, mais …
Si les pays européens paient leurs médicaments beaucoup moins chers que les USA (un tiers de moins en moyenne), c’est en raison de leur pouvoir de négociation concentré sur les systèmes de santé nationaux : effets volumes et achats reportés si désaccord (voir Coin Conseil - Pouvoir de négociation clients, en fin de lettre).
Quelqu’un aurait une aspirine pour le Credit Manager ?

C’est ce qu’a dû penser le dirigeant concerné par le rendu de la Cour de Cassation en octobre dernier, totalement passé sous l’actualité en dépit de sa portée : condamné - en raison des fautes de gestion - à payer la somme de… 180 000 € au titre de l’insuffisance d’actif de sa société en liquidation. Bien plus que son patrimoine personnel !
Les Juges ont estimé que la condamnation n’avait pas à être adaptée à la solvabilité du délinquant : Le comblement en insuffisance de passif vise à (1) protéger les créanciers (contre des détournements délictueux) et (2) responsabiliser les dirigeants, tenus à une gestion licite.

Tout marché compte ses leaders, en général peu nombreux, qui occupent les plus grosses parts de marché importantes, suivis par de nombreuses entreprises de plus en plus petites. Notamment dans les services, souvent peu capitalistiques (ex: services informatiques).
La Long Tail ou longue traîne (cf. graphe : en jaune) illustre cette série de PME, TPE, micro-entreprises qui œuvrent sur le marché, assurent le débord en cas de surchauffe mais souffrent en cas de ralentissement ou retournement du secteur (destruction d’emplois, faillites*).
La longue traîne doit faire l’objet d’une attention particulière de la part du Credit Manager, surtout sur un secteur en difficulté. Paradoxalement plus pour leur fragilité que pour le risque de retard de paiement (statistiquement les TPE sont plus ponctuelles que les grandes entreprises).
Classiquement cette matrice créée par Michael Porter évalue la concurrence sur un marché à partir de 5+1 forces : la concurrence interne, le pouvoir de négociation côtés fournisseur et client, mais aussi, les menaces de l’arrivée de nouveaux concurrents (‘Nouveaux Entrants’) ou de produits remplaçants (‘Produits de Substitution’).
En Credit Management, ces deux dernières menaces rappellent que tout client, si solide soit-il en apparence, est bien plus exposé qu’on pourrait croire.
Les exemples foisonnent : appareils photo vs. smartphones, magasins vs. e-commerce, cinéma vs. plateformes streaming, etc.
Aucun leader n’est à l’abri de se faire détrôner par une concurrence féroce car comme nous le disait un dirigeant concerné : “Quand vous détenez 80% d’un marché, vous attirez toutes les convoitises”.


VRAI ou FAUX : Je ne peux candidater à un marché public que si le CA de mon entreprise est au minimum 2 fois plus élevé que le lot visé.
FAUX désormais.
Ça c’était avant, comme disait la pub. Mais depuis cette année (cf supra Commande publique) , le CA minimum exigé d’une entreprise candidate ne peut excéder 1,5 fois le montant du marché public ou du lot concerné, sauf conditions exceptionnelles.
Espérons simplement que le législateur n’excède pas 1,5 à 2 fois les délais légaux de paiement…




